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Mademoiselle Rachel, l’étoile filante

Le Livre

Mademoiselle Rachel n’était qu’une petite saltimbanque ignorante qui chantait dans les rues à l’âge de huit ans. Quelques années plus tard, après une entrée fracassante sur la scène du Théâtre-Français dans le rôle de Phèdre, elle allait devenir la plus grande tragédienne du XIXe siècle.
Mademoiselle Rachel déchaîna les ovations et les passions. Elle fut aimée par des princes, adulée par le tzar Nicolas, couverte de bijoux par la reine Victoria, comblée de richesses et d’honneurs.
De partout, elle adressa à ses amis, poètes, auteurs et critiques, à sa tribu – cette famille qu’elle assuma jusqu’à se tuer à la tâche, le récit de ses triomphes et de ses épuisements. « J’ai dévoré en quelques années mes jours et mes nuits, écrit-elle... Du bas des Pyramides, je contemple vingt siècles évanouis dans les sables. Je me croyais pyramidale et je ne suis qu’une ombre qui passe. Comme je vois ici le néant des tragédiennes… »
La belle étoile filante disparut le 3 janvier 1858. Elle avait trente-sept ans.

FESTIVAL DE LA CORRESPONDANCE DE GRIGNAN 2010

La Presse

« Je me croyais pyramidale et je ne suis qu’une ombre qui passe. Comme je vois ici le néant des tragédiennes... » _ Élisabeth Rachel Félix (1821-1858), plus connue sous son seul prénom de théâtre, Rachel ou comme Mademoiselle Rachel, actrice de théâtre, fut une grande tragédienne. Entrée au Théâtre Français, à l’âge de 17 ans, elle avait débuté analphabète et dans le rôle de Camille de Horace. Immédiatement talentueuse, elle se fait connaître par son interprétation des héroïnes de tragédies ; Bérénice, Phèdre, Hermione... Elle meurt jeune, à l’âge de 37 ans, ayant déchaîné les passions et les ovations, comblée de richesses et d’honneurs, passionnée, libre, drôle, lucide. « J’ai trente-deux ans sur mon acte de naissance, j’en ai cinquante sur ma figure, je ne dirai pas combien a le reste. Dix-huit ans de tirades passionnées sur le théâtre, des courses folles au bout de tous les mondes, des hivers de Moscou, des trahisons de Waterloo, la mer perfide, la terre ingrate ; voilà qui vieillit vite un pauvre petit bout de femme comme moi ! » écrivait-elle à Jules Lecomte (p. 63). Agnès Akérib lui rend hommage dans une adaptation libre de sa correspondance, à sa famille, à ses pairs, à ses amants (mise en lecture par Christophe Correira dans le cadre du festival de la Correspondance de Grignan 2010) et souligne, de son esprit, autant sa vivacité que sa prodigieuse liberté. Une preuve ? Le petit mot de Mademoiselle George, de la Comédie Française :
« Voyez-vous, je suis pour Rachel ; elle est fine celle-là ! Elle renouvelle ses engagements, se fait assurer des feux, des congés, des montagnes d’or, puis, quand c’est signé, elle dit : « Ah, à propos, j’ai oublié de vous dire que j’étais grosse de quatre mois et demi ; je vais être cinq mois sans pouvoir jouer ! » Elle fait bien. »

FLORILETTRES, Nathalie Jungerman

Scènes Intempestives