Scènes Intempestives
« Qu’est-il arrivé à Bette Davis et Joan Crawford ? »

  • Le Livre

    Joan Crawford, star vieillissante, a entre les mains le scénario de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? Elle veut Bette Davis pour partenaire. Le film se fera… dans l’enfer et les perfidies. « Entre ces deux stars aux langues vipérines. C’est un jeu de rôle sadique, drôle, émouvant. Elles découvriront que, malgré leurs caprices et le succès du film, la solitude est le lot de tout artiste. » Jean Marbœuf

    Interprétée par Séverine Vincent et Julie Marbœuf dans une mise en scène de Didier Long, la pièce, créée au Festival de la Correspondance de Grignan 07, fut reprise au printemps dernier au Théâtre des Bouffes Parisiens à Paris. Elle sera à l’affiche l’été 2009 en Avignon.

  • La Presse

    « Avant de commencer à parler des éditions TriArtis, il faut d'abord et avant tout vous parler d'un petit village bien connu des passionnés de correspondance mais aussi de quelques autres pour ses soirées nocturnes. Il s'agit de Grignan, petit village de la Drôme qui abrite en ce lieu, entre autres, le château de la Marquise de Sévigné, si célèbre par ses lettres évidemment...

    Aussi, il apparaît normal qu'il accueille en ses murs un Festival de la Correspondance, dont j'ai pu aller voir quelques soirées...

    Mais alors, on me parle de Grignan, de la marquise de Sévigné et pourquoi est-il question des éditions Triartis ? Eh bien rien de plus simple, la maison Triartis édite des livres à partir des scènes intempestives de Grignan. Aussi, si vous n'avez pas l'occasion d'aller écouter les échanges qui peuvent avoir lieu lors du festival, vous pouvez au moins lire les écrits.

    Je vous conseille donc de commencer par Qu’est-il arrivé à Bette Davis et Joan Crawford ? de Jean Marbœuf, qui a d'ailleurs déjà été joué au Théâtre des Bouffes du Nord, cela devrait bientôt reprendre d'ailleurs... Et que se cache-t-il derrière ce titre énigmatique, qui est-ce déjà Bette Davis ? une danseuse ? Non, non, Bette Davis est une actrice, une très belle actrice qui a eu son heure de gloire, il n'y a pas si longtemps que cela d'ailleurs et qui a joué avec quelques réalisateurs fameux dont Robert Aldrich, le réalisateur de « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? en 1962. Or, tout se passe juste en amont et pendant ce fameux film qui a été apporté par Joan Crawford à Bette Davis et c'est le dialogue qui se noue entre les deux actrices, entre deux tempéraments que tout oppose. Dans cette correspondance qui aurait pu exister, c'est une histoire de vie qui se joue, une histoire d'Hollywood à échelle réduite qui intrigue, les mesquineries ressortent, la peur de l'autre, le rejet, la haine, les choix de Bette Davis et de son personnage controversé, un véritable condensé de bonheur dans un peu plus de 50 pages. On est triste que cela arrive à terme, c'est trop rapide, c'est trop tout en subtilité et en finesse pour que cela s'arrête abruptement et on a envie de s'enfoncer plus avant dans ces vies inconnues, mais non, c'est trop tard, seul le souvenir peut nous guider... en tout cas je vous conseille vivement, c'est un réel plaisir que ce dialogue entre deux monstres d'Hollywood...»

    Les trois coups, blog Le Monde, journal quotidien du spectacle vivant par Herwann PERRIN


    Theatrorama

    Publié par Benjamin Goldenberg, le 7 septembre 2009

    Qu’est-il arrivé à Bette Davis et Joan Crawford ?
    De Jean Marbœuf

    Quand le théâtre lève le rideau sur les coulisses d’un classique du cinéma…

    Affrontement au sommet entre deux monstres sacrés de l’age d’or d’Hollywood, entre méchanceté et cynisme, deux actrices usées au bord de l’oubli, retrouvent dans le regard méprisant de l’autre, un semblant d’existence. « Attachez vos ceintures, la nuit va être agitée »*…

    Jean Marboeuf imagine, grâce à deux nombreuses anecdotes authentiques, une correspondance imaginaire entre Bette Davis et Joan Crawford avant, pendant et après le tournage de « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? », réalisé par Robert Aldrich en 1962. Les deux actrices qui se vouaient une haine viscérale tant derrière qu’à l’écran, tentaient par tout moyen de se déstabiliser, avec plus ou moins de succès. Cette rivalité, entre deux femmes que tout opposait et qui alimentait abondamment les journaux de l’époque, donne à l’auteur de la pièce une formidable opportunité pour laisser libre cours à son imagination, en imaginant des joutes verbales d’une grande violence et justesse. Ces deux êtres créés par la machine hollywoodienne renaissent devant nous comme par désenchantement, et nous dévoilent la face cachée du monde des paillettes et du glamour. Si Hollywood arrivait à immortaliser ses stars, l’alcool, la décadence et la déchéance leur rendaient leur mortalité. L’ambiance glaciale qui régnait sur le plateau, entretenue par la paranoïa et la phobie des microbes de Crawford n’est en aucun point réchauffée par la vulgarité et les coups de chaud de Davis. La haine est alors servie sur le « plateau », et à l’instar de la vengeance, se mange froid…très froid.

    Une pièce jetant la lumière sur les zones d’ombres d’un système

    La scène du coquet Vingtième Théâtre est emplie d’une lumière magnifique rappelant l’éclairage en noir et blanc du film d’Aldrich. Les chaises au nom des actrices jouent à elles seules un rôle, plus particulièrement quand elles sont laissées vides. De même, les actrices passent devant et derrière un écran blanc de cinéma, idée ingénieuse de mise en scène, qui souligne l’âpre enchevêtrement de la scène et des coulisses. Une énorme pellicule de cinéma fait office de ring où elles pourront évoluer pour leur dernier combat.



    Le rythme est soutenu ne laissant place à aucun temps mort pendant 1h15 d’affrontements protéiformes, allant des insultes aux mépris, en passant par une gestuelle très évocatrice. On assiste alors à des temps forts où le texte est parfaitement interprété, et même habitée, par les deux comédiennes et appuyé par une mise en relief quasi-cinématographique. De nombreuses références à l’époque des studios, aux anciens films tel que « Mildred Pierce » pour lequel Crawford obtint l’Oscar de la meilleure actrice, ou aux expériences personnelles des deux meilleurs ennemis sont généreusement prodiguées. Exploit donc de cette pièce qui, en plus d’être réussie et très documentée, nous donne envie de revoir le film. Si à Hollywood l’age était d’or et les paroles étaient souvent d’argent, la pièce brille grâce à ses deux précieuses étoiles…
    *: Réplique culte de Bette Davis prononcée dans le non-moins culte « All About Eve » de Joseph Mankiewicz (1950).