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À la folie… pas du tout !
Le Livre
Comment des académiciens, des journalistes, des artistes, des universitaires d’aujourd’hui peuvent-ils se retrouver, l’espace d’un échange épistolaire, amants ou maîtresses, parents, amis ou ennemis d’illustres auteurs disparus, depuis parfois plusieurs siècles ?
Des lettres d’écrivains français disparus sont détournées vers des auteurs contemporains.
Que se passe-il ?
Par exemple, dans
« A la folie… pas du tout»
, voilà
Florence Delay
fils de
Racine
, très impressionné par Papa.
Harry Mathews
se prend pour la gouvernante d’un ami peu séduisant de
Mallarmé.
Philippe Delerm
aime profondément son
Jules Renard
mais lui envoie un joli coup de patte (de velours).
Ariane Massenet, dans la peau de
la Pompadour
se révèle une garce très convaincante. Quelle est la véritable relation entre
Maupassant
et
Hürli-Collins ?
Jean-Claude Carrière
fait sûrement regretter à la remarquable
Marie du Deffand
d’avoir manqué cette amitié dans la vie en vraie. Connaissez-vous l’amitié entre
Colette
et
Anne Sylvestre ? Saviez-vous qu’Ariane Massenet
pouvait être une garce, et
Marie Chaix
plus émouvante qu’Anna de Noailles
?
De même
Apollinaire,
Arbouville,
Dumas,
Jouhandeau,
Labiche,
Malherbe,
Nerval,
Restif de la Bretone,
Rousseau,
Saint-Saëns,
Scudéry,
Sévigné
et
Staël
n’ont rien à perdre dans l’imaginaire intempestif de
Robert Ménard, d’Yves Navarre, de
Dominique Fernandez, de
Rémo Forlani, de
Françoise Dorin, d’Irène Frain, de
Jean-Pierre Thomas, de
Pierre-Alexandre Murena, de
Marie-Catherine Girod, de
Léa Verdy, de
Didier Decoin
et de
Nancy Huston.
Tous les manuscrits (et leurs versions typographiques), des photos, des illustrations originales pas plus « morales » que les échanges épistolaires.
Les « Correspondances Intempestives » relèvent délibérément du divertissement littéraire.
Publié avec le soutien de la Fondation La Poste
Les échanges épistolaires
La Presse
Le Journal de l’Institut
Expression écrite.
Avec le soutien de la Fondation La Poste,
Correspondances intempestives, à la folie...pas du tout
, TriArtis, 2008 (249 pages)
« Des lettres d'auteurs confirmés de la grande littérature française détournées vers d'imprévisibles destinataires contemporains. A charge pour eux de répondre dans leur style, leur humeur, en toute liberté d'inspiration. » Voici la règle du jeu de ce livre, ou plutôt les règles puisque chaque auteur, chaque « correspondant » contemporain fixe les siennes et répond à sa manière, en jouant le jeu du retour dans le passé, en incarnant son personnage historique ou en restant lui-même, dans son temps. Nous sommes prévenus, il ne s'agit pas d'enrichir son savoir, mais de se divertir, de papillonner d'un auteur à l'autre, d'un siècle aux suivants. Il suffit de voyager à travers le temps avec la légèreté d'une plume, de 44 plumes plus exactement. Plumes courtoises ou acérées, plumes volages ou libertines, plumes douloureuses parfois, passionnées souvent, paternelles à l'occasion...
Les correspondances sont comme une fenêtre sur le cœur des hommes. Grâce à leur écriture très privée, elles nous font pénétrer dans l'intimité de personnages « publics » aussi vénérables que Racine ou Rousseau, aussi fameux que Marie du Deffand ou Anna de Noailles. Comment écrivent, simplement, les écrivains, lorsqu'ils n'écrivent pas de livre ? Comment s'adressent-ils à leurs proches, à ceux qu'ils aiment, qu'ils regrettent, qu'ils tancent ? Comment s'exprimait le provocant Restif de la Bretonne lorsqu'il demandait ce que l'on appellerait aujourd'hui une subvention ?!
L'intimité et la spontanéité de la lettre sont profondément touchantes. Elles rendent ces plumes célèbres infiniment proches de nous, par leurs préoccupations, leurs élans, leurs jalousies, leurs recommandations. Elles ont la fraîcheur d'un instantané de vie dont on connaît le jour et le lieu car ils sont souvent écrits, par convention, dans un coin de la page. A travers les lignes apparaissent la couleur d'un ciel qui dévoile l'heure du jour ou la teinte d'un feuillage qui révèle la saison. On sent la brise entrer par la fenêtre, soulever les pages et assécher l'encre...
Intimité émouvante des lettres d'un père à son fils, d'une femme à son amie, d'une muse à son poète. Intimité bouillonnante d'amours ou d'amitiés fusionnelles où distance et absence exaspèrent les sentiments et délient une langue passionnée, somptueuse, inspirée, mais qui sait parfois se retenir avec pudeur et délicatesse. Ainsi les mots de Colette à la Comtesse de Polignac, sa « Chèrepatas », ou ceux de Marcel (Jouhandeau) à Max (Jacob). Déploiement des plus belles plumes pour une danse amoureuse qui se joue sur les mots.
Il y a surtout, au fil de toutes ces lettres, la vie. La vie qui éclôt, la vie qui s'écoule trop lentement pour ceux qui attendent le retour d'un aimé, la vie qui touche à sa fin dans la gloire ou la misère. La vie qui coule faite de simples mais si précieuses sensations et d'événements qui la marquent à jamais : joie d'une naissance ou déchirement d'une séparation.
Cette vie de tous les jours qu'ont aussi vécue les grands tragédiens, les grands philosophes, les grands poètes ou les grands musiciens, on l'avait oublié à force de les « statufier ». On s'étonne avec bonheur de la découvrir, manuscrite, déliée, appliquée, enragée ou raturée, livrée à nu sans le truchement policé des caractères d'imprimerie.
Qui dit « correspondance » dit aussi rencontre, similitude. Et ce n'est sans doute pas un hasard que tel auteur ou artiste contemporain réponde, à quelques décennies ou siècles de distance, à tel de ses illustres prédécesseurs.
Ces plumes de notre temps, professionnelles ou non, issues de la littérature, du cinéma, de la musique, ont en commun sans doute une sensibilité à fleur de peau, un amour de l'humain et de ses langages du cœur. Certains sont très célèbres, d'autres le sont moins, mais tous ont livré à leur tour un peu d'eux-mêmes à travers leurs réponses. Même s'il s'agit d'une sorte d'exercice d'école, même s'ils jouent et incarnent plus ou moins un personnage, ils se mettent eux-mêmes en jeu. Leur tendresse, leur humour ou leurs colères parfois révèlent sans doute plus qu'ils ne le supposent ! Sylvie Germain démasquant Apollinaire, Robert Ménard se déclarant à l'amante de son confrère Sainte-Beuve, Didier Decoin fustigeant Marie de Sévigné forment des couples improbables, unis le temps d'une réplique. Ils lèvent un petit coin de voile sur leur personnalité, nous faisant goûter le temps d'une page la saveur de l'indiscrétion.
Un joli voyage donc, un œil dans l'histoire, l'autre dans notre monde. Un voyage à travers les continents de la carte du tendre, à travers les différents temps de l'écriture, avec les mots et les tournures de leur époque.
Au passage, un petit coup de chapeau à plume aux jeunes espoirs talentueux des concours généraux. Mais oui, les jeunes savent écrire, et le paternel Racine, si soucieux de transmettre un savoir littéraire à son propre fils, doit être bien aise de lire ces lointains héritiers !
Au passage encore, signalons une originale mise en page, des illustrations sur mesure, qui donnent à cette succession d'échanges une jolie dimension graphique.
Enfin, une mention pour les textes de transition, brèves et succulentes introductions à chacun des échanges épistolaires. Qui en est donc l'auteur anonyme, brillant Monsieur Loyal de ce jeu de plumes?!
On aurait juste peut-être aimé savoir comment s'était fait le choix des correspondants. A t'on formé les couples, a t'on laissé chacun choisir son partenaire de plume ? Un petit mot eut comblé notre curiosité. Celle-ci, décidément bien exigeante, eut adoré avoir en fin de livre, et dans la mesure ou celles-ci nous sont parvenues, les authentiques réponses « d'époque »...
Mais le plus clair est que l'on meurt d'envie de recommencer une partie de ce jeu, lire encore de ces correspondances et s'amuser, en secret, à répondre à certaines...
IC
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Correspondances Intempestives
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